jeudi 9 septembre 2021

Une source obscure d'autorité

Parmi les nombreuses énigmes de ma jeunesse, cette question qui revient sans cesse: pourquoi mon père ne m'a jamais parlé ? Pourquoi il ne m'a jamais rien dit ?

Bien sûr, il bavardait, racontait des anecdotes professionnelles, parfois un souvenir lointain et peu précis. Mais par exemple, d'expliquer pourquoi ce souvenir un compter, pourquoi son métier l'intéressait (ou pas), cela je ne l'ai jamais entendu.

J'ai l'impression d'avoir eu dans mes parages une source obscure d'autorité, avec des explosions de colère imprévisibles, des réflexions absurdes que j'ai fini par ne plus respecter, et une sorte de morale étriquée faite de conventions non réfléchies, non expliquées et souvent inexplicables.

Si je me souviens bien, il y a eu deux ou trois essais, quand il m'avait donné ses "feuillets", lu un poème de Baudelaire (j'avais déjà plus de 20 ans). Et ces dernières années, les souvenirs se font plus vifs, plus précis, il me raconte une enfance complexe et malheureuse. Pourquoi ne pas en avoir parlé plus tôt ?

Certes, à l'époque, je n'étais peut être pas disposé à écouter, certainement pas à m'épancher, je le fuyais comme je fuyais les autres, plus lui que n'importe que d'autre. C'était un étranger pour moi, un étranger sur une autre planète. Et pourtant, je l'aurais entendu sans le vouloir. Tous les souvenirs avec mon père sont gravés d'une façon plus forte (peut être parce qu'ils ne sont pas nombreux) : quand nous étions allés le voir à son bureau et qu'il m'avait montré son ordinateur, les sorties sur le solex, la journée où nous étions allés à Waterloo, au musée d'Ixelles et à la maison d'Erasme (sans soupçonner que ces lieux déviendraient ceux de ma vie future). 

Pourquoi? Pourquoi ? Pourquoi ?! Comment peut on se fermer à ce point ? Et vivre si longtemps sans altérité ? Et en a-t-il toujours été ainsi ? Et aurait-il pu en être autrement ? 

mercredi 8 septembre 2021

De Marcel Cohen

Lecture de Marcel Cohen dans le restaurant où je profitais d'un précieux moment de solitude et de déconnexion...
 
Mais je ne m'attendais pas à un tel choc. Je voulais presque pleurer dans la salle du restaurant, au milieu des joyeux groupes de dineurs. Et les images restent encore vivantes, poignantes le lendemain, cette mère enfermée dans la clinique, et qui ne peut  ni crier ni parler à son fils de l'autre côté de la rue, de peur de porter l'attention sur lui. Les occasions de s'échapper qui ne sont pas saisies. Les promesses trahies de la France. Tout cela vu à hauteur d'enfant, à plus de soixante ans de distance.
 
Comment une telle infamie a-t-elle pu se perpétrer ? Et pire encore, s'enfermer aujourd'hui dans l'espace d'un événement ponctuel ?

jeudi 19 août 2021

Fin de règne

Interview intéressante d'Augustin Trapenard (un chroniqueur de France Inter) dans le Soir. Il y raconte son enfance et son adolescence dans une famille bourgeoise en Auvergne, ses difficultés pour affronter les codes en vigueur (comme dans toutes les familles de l'époque, ou quasi toutes). 
 
À tous les niveaux, à tous les âges, la norme brise. Hommes comme femmes en sont les victimes. Réussir à s'affranchir sereinement de la norme est la "clé du bonheur", peut-être, mais c'est un chemin difficile, par rapport à la soumission ou à l'opposition bruyante, qui sont les deux alternatives habituelles et insatisfaisantes. 
 
Pendant des années, je n'ai rencontré des individus qui semblaient tous faits du même moule, et qui semblaient tous incarner quelque chose. Même les amis homosexuels m'avaient paru faire dans la caricature et correspondre à une certaine forme de norme. Même les amis proches se taisaient face à leurs blessures secrètes, personne ne disait rien d'honnête, et moi non plus je n'ai rien dit.  Contrairement à ce que je peux souvent lire, notre jeunesse n'a pas été une période légère, insouciante : nous étions dans l'angoisse constante du présent, de l'avenir, du rôle que nous devions jouer, des erreurs "irréparables" que nous devions éviter de commettre. Dans les semestres incertains de la vie étudiante (y compris le stress des examens ou de trouver un énième stage), je n'ai pas trouvé beaucoup de place pour l'épanouissement personnel. 
 
La première libération (tardive) a été l'entrée dans la vie professionnelle, qui a signifié indépendance financière et perspectives à plus long terme. Également libérateur, le départ de Paris, car j'ai senti que cette ville trop codifiée ne me conviendrait pas (erreur de jugement?).
 
Enfin, avec le temps, quand les fissures sont devenues plus béantes, et que certains masques trop lourds à porter ont pu être enlevés, certaines relations plus authentiques ont pu être nouées... L'époque y est aussi pour beaucoup, qui multiplie les remises en cause et incite à relativiser nos certitudes. Les codes sont déconstruits de l'extérieur, par la société elle-même, mais de l'intérieur aussi, car toute personne intelligente voit bien qu'ils ne sont précisément que des codes, des cadres douteux inadaptés aux préférences individuelles. Cet évanouissement de la norme est source d'une immense confusion, mais aussi le moyen d'un affranchissement personnel, pour autant que nous puissions/voulions jamais être tout à fait libres. 

mercredi 18 août 2021

La lampe merveilleuse

Je lis pour la première fois l'histoire d'Aladdin dans la traduction de Galland. J'avais commencé l'intégrale des Mille et une nuits (dans cette traduction), mais le livre trop lourd m'était tombé des mains. "C'est ennuyeux", se souvient Della Rovere.
Sans doute faut-il le lire par petits morceaux, ou ne pas en avoir les attentes préconçues par la littérature moderne d'une intrigue logique, ou d'une "morale" compréhensible. Dans l'Histoire d'Aladdin, il n'est nulle part expliqué pourquoi le magicien choisit Aladdin pour aller chercher la lampe, et lui-même ne s'encombre d'aucun questionnement inutile. Quand l'histoire semble terminée surgit un frère cadet du magicien qui prolonge l'intrigue d'un tiers sans apporter grand chose. De tels "développements" seraient immanquablement coupés dans notre littérature efficace et rationnelle (peu d'auteurs ont rompu avec cette économie de moyens, sauf Proust peut-être, ou Nerval). Mais d'autres intrigues potentielles sont survolées qui auraient contribué à de fascinantes histoires: par exemple, Aladdin dispose aussi d'une bague magique (dont il se sert à peine!), et le conte révèle la présence de deux génies, celui de la lampe merveilleuse, et celui de la bague. A un moment, le génie de la bague explique qu'il ne peut s'opposer aux réalisations du génie de la lampe. Quelle aventure aurait-on pu construire sur  la coexistence des deux génies ! Mais aussi, quelle inépuisable réserve de rêves !
Enfin, il est vrai que la traduction de Galland est ampoulée et sans doute illisible pour la plupart des lecteurs, mais cette langue précieuse, ces formules grand-siècle, ajoutent aussi leur propre exotisme au texte, comme en écho l'enchantement des nuits de Versailles. Comment faudrait-il traduire autrement? Et qui sait si, pour un lecteur égyptien d'aujourd'hui, le texte d'origine n'a pas lui aussi certaines constructions lourdes et mystérieuses, un langage derrière lequel flamboient les lumières de l'orient médiéval, la cour des califes de Bagdad...
"On ne saurait exprimer la surprise et l'étonnement du sultan lorsqu'il vit rassemblées dans ce vase tant de pierreries si considérables, si précieuses, si parfaites, et d'une grosseur dont il n'avait point encore vu de pareilles. Il resta quelque temps dans une si grande admiration qu'il en était immobile. Après être enfin revenu à lui, il reçut le présent des mains de la mère d'Aladdin, en s'écriant avec un transport de joie: "Ah! que cela est beau! que cela est riche!" "
Comment faudrait-il traduire autrement? 

mardi 17 août 2021

La chute de Kaboul

Images de la piteuse débâcle de Kaboul, grand gâchis de dizaines d'années, de milliards de dollars et de milliers de vies.
Sommes-nous dans la même situation qu'il y a vingt ans ? Question difficile. L'occident à changé, sa position dans le monde aussi.
Quels sont désormais les intérêts de l'occident en Afghanistan ? Notamment pour l'Union européenne et la France, à part le flux probable de réfugiés qui traverseront l'Asie (car même un conflit aussi lointain peut entraîner ces mouvements de population que l'Europe veut éviter à tout prix... problème que les États-Unis ignorent). 
Mais en qui concerne le terrorisme (motif de l'intervention initiale), que représente l'Afghanistan quand le monde regorge désormais de "sanctuaires du terrorisme", ou de républiques respectables devenues des États voyous ?
Un problème de moins, peut-être? 

+ ref au livre sur les empires 

mardi 29 juin 2021

Midi

La beauté écrasante, évidente, triomphante. La beauté qui nous fait courber la tête et baisser les yeux. La beauté qui s'affranchit des époques et des lieux. La beauté au-delà du souvenir, au-delà de tous les désirs. 

jeudi 24 juin 2021

N'efface pas la tâche sur la nappe

Heureuse découverte sur Twitter ce matin (note personelle: je dois acheter tout livre possible de ce poète - vite!)


Instructions à la servante (Yehuda Amichaï)
 
Ne débarrasse pas les verres et les assiettes
N’efface pas la tâche sur la nappe !
Il est bon que je le sache :
On a vécu avant moi dans ce monde.
 
J’achète des chaussures qui étaient aux pieds d’un autre homme.
Mon ami a ses pensées.
Ma bien-aimée est une femme mariée.
Ma nuit est usée par des rêves.
Des gouttes de pluie sont dessinées sur ma fenêtre…
Dans les marges de mon livre, des notes ont été écrites par d'autres.
Sur les plans de la maison dans laquelle je veux vivre,
L’architecte a dessiné des étrangers devant l’entrée.
Sur mon lit il y a un oreiller avec le creux
D’une tête absente.
 
Aussi, ne débarrasse pas
La table.
Il est bon que je le sache :
On a vécu avant moi dans ce monde.


samedi 19 juin 2021

Dino dans le métro

Je m'inquiétais dans le métro, tous les regards me paraissaient suspects, les dangers évidents... Mais l'expérience semblait pour Dino parfaitement normale, ni angoisse, ni émerveillement démesuré. Un parfait "urbain", qui ne se souciera pas de la cohue, ni ne se rassurera en écoutant le bruit des voitures.

Je me suis souvenu des rares fois, deux ou trois fois dans toute mon enfance peut-être, où nous avions pris le tramway avec mon père (on disait le "Mongy"). J'ignore d'ailleurs pour quelle obscure raison nous étions allés en ville sans la voiture. C'était une aventure marquante, surtout au moment où, en fin de parcours, le tramway s'engouffre dans le ventre de la ville.

Comme nos enfances peuvent différer! Par exemple, je pense n'avoir jamais pris le train de toute mon enfance. Mon seul souvenir est que ma sœur avait eu la chance de prendre le TGV pour aller en classe de neige. Je devais avoir sept ans. Ensuite, à V*, j'ai pris des trains de banlieue parfois pour aller au zoo de Vincennes, au Jardin des Plantes. Mais je n'ai pas dû monter dans un "vrai" train avant mes 18 ans. 

lundi 7 juin 2021

On a mis les mains sur tes hanches (2)

Dans la chanson citée précédemment, on retrouve un procédé poétique intéressante avec ces rimes approximatives "granges/hanches". Il y en a d'autres exemples chez Brassens.

Gainsbourg a mené le concept plus loin, dans "L'anamour" par exemple, où la rime atteint un niveau si raffiné qu'on ne sait plus quel mot rime avec lequel ("transit" avec "exit"? ou avec "transat"? "pâli" plus avec "pas là" qu'avec "Asie"):

    "Aucun Boeing sur mon transit
    Aucun bateau sur mon transat
    Je cherche en vain la porte exacte
    Je cherche en vain le mot exit"

    "Tu sais ces photos de l'Asie
    Que j'ai prises à 200 Asa
    Maintenant que tu n'es pas là
    Leurs couleurs vives ont pâli"

Par ce procédé, Gainsbourg a réussi à se débarasser de plusieurs siècle de règles codifiées, à remplcaer la rime par l'assonance (qui est la seule qui compte), une révolution que (je crois) la langue anglaise avait effectuée depuis longtemps*. Malheureusement, cette révolution est venue trop tard, à un moment où la poésie française commençait à s'éteindre. Le champ des possibles est resté inexploré, ouvert néanmoins pour les générations futures qui voudront s'y aventurer.

(*: cf. Yeats, précédemment cité:
    "And therefore I have sailed the sea, and come
    To the holy city of Byzantium")

dimanche 6 juin 2021

On a mis les mains sur tes hanches

Sur France Inter, l'écrivain et maintenant chanteur Gaël Faye mentionne un procédé poétique qu'il affectionne chez Georges Brassens : le remplacement d'un morceau de phrase attendu par un autre. Il cite l'exemple de la chanson "Le pornographe":
    "Je ne fais pourtant de tort à personne,
    En suivant mon chemin de petit bonhomme" 
Qui devient:
    "Je ne fais pourtant de tort à personne,
    En suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome" 

Il y en a un exemple plus parlant encore dans "Le père Noël et la petite fille" :
    "Il a mis du pain sur ta planche
    Il a mis les mains sur tes hanches" 
    "Il a mis du grain dans ta grange
    Il a mis les mains sur tes hanches" 
    "Il a mis l'hermine à ta manche
    Il a mis les mains sur tes hanches" 
    "Il a mis de l'or à ta branche
    Il a mis les mains sur tes hanches" 
Qui devient:
    "Le joli temps des coudées franches
    On a mis les mains sur tes hanches" 

Ce "on" définitif, comme un salissement indélébile, donne son tragique à la chanson par le simple changement du pronom. Curieusement, dans la reprise qu'elle en a faite, Barbara n'a pas repris la formule, évitant de dire "On a mis les mains sur mes hanches". Inadvertance? La chanson perd quasiment tout son intérêt, perd son universalité. Ou peut-être précisément Barbara n'a-t-elle pas osé, ni voulu, maudire la petite fille qui subit le viol de la société. Peut-être a-t-elle considéré ce message trop lourd, elle qui connaissait ce sujet, et a-t-elle préféré croire à la possibilité de l'oubli. 

mardi 11 mai 2021

Sur Roger Raveel

Bozar (Bruxelles) organise une grande rétrospective sur Roger Raveel, "l'un des peintres belges les plus importants du XXe siècle", en tout cas une peinture avec laquelle je n'ai aucune affinité. Je soupçonne même une opération de collectionneurs belges intéressés à faire monter le prix de leurs acquisitions. J'avais failli ironiser quand Maître Kanter m'avait dit avoir acheté une toile de cet artiste. Par politesse je m'étais contenté de ne pas réagir (de toute façon, mon avis lui importait peu). C'était à un moment de bascule où je commençais à me demander comment sa personnalité avait pu m'intéresser, et je crois que son goût pour Roger Raveel avait été l'argument fatal en sa défaveur, le "passage de minuit" après lequel tout redevient citrouilles et croûtes souillones. 



mardi 6 avril 2021

Le maître du temps (2)

Autre caractéristique : toutes les activités d'Édouard Philippe ont un aspect public: engagement envers les citoyens, publications de ses romans (et non élucubrations dans des cahiers cachés ou des blogs oubliés), même la boxe qu'il pratique en club... Alors que les rares activités que je mène ont une nature confidentielle voire secrète, solitaire. Mélange de décisions assumées et d'échecs imposés (ou vice versa). J'ai tout fait pour me créer une personalité transparente, insaisissable, pour que personne ne me connaisse vraiment, même mes plus proches amis, même dans mes activités les plus innocentes, anecdotiques. 

lundi 5 avril 2021

Le maître du temps

Interview de l'ancien premier ministre Édouard Philippe à la télévision. J'apprends qu'outre sa pratique régulière de la boxe il a rédigé plusieurs romans policiers, je lis qu'il a trois enfants, etc. sans compter les responsabilités politiques, les innombrables activités publiques, l'entretien d'un considérable réseau d'amitiés... Comment fait ce surhomme ?
Le temps est élastique, certes, et "plus on en fait, plus on en fait". Peut-être s'épargne-t-il un certain nombre de tâches ménagères, certes, ou dispose-t-il d'aide pour ses enfants ? Peut-être que la vie politique, avec ses incessants déplacements, permet de se consacrer discrètement à certaines activités littéraires, plus facilement qu'au bureau ou à la maison ? 
Mais tout cela n'explique pas le phénomène. Avec ma modeste activité professionnelle et mon encore plus modeste vie personnelle, je ne trouve ni le temps de lire, ni celui d'écrire, ni celui de garder le lien avec mes amis, ni celui de faire du sport de façon sérieuse, ni celui de gérer décemment ma "maison"... C'est comme si je n'étais qu'une fraction d'homme, incapable de rien mener à bien. 

La mort de Normunds Kindzulis

La mort atroce de Normunds Kindzulis, relayée dans quelques journaux, provoque des haussements d'épaule navrés, un peu de bruit sur Twitter, sera oubliée dans quelques jours. Pourtant, il ne faut pas aller chercher aux confins de l'Union européenne pour trouver des cas similaires, en Belgique récemment, partout.
Même si certaines attitudes ont changé, si les droits ont été réaffirmés, le chemin à faire pour une vraie reconnaissance semble toujours plus loin (cette reconnaissance se fera quand la société sera devenue indifférente aux préférences sexuelles, mais est-ce seulement possible?).
Et il semble que chaque nouvelle avancée se traduit par un renouvellement de rage. Une rage de ceux qui qui ne supportent pas de voir l'homosexualité affichée comme une façon de vivre, d'être, mais qui (prétendent-ils) se seraient satisfaits de la savoir cachée, réduite aux récits sordides. Discours bidon, et "pensée" bidon. D'une part, la violence aurait été similaire, pire même (car sans réponse possible - sans la protection de la loi). D'autre part, imposer le silence, reléguer dans la "deviance", etc. tue aussi. 

samedi 13 mars 2021

Souvenir de l'été dernier

Même les vibrations 
De la cloche fêlée sont brûlantes -
Lune d'été

(Tachibana Hokuchi) 

lundi 8 mars 2021

Le retour manqué

Je me prends à regretter de ne pas avoir poussé davantage pour la publication du Retour de WA... Certes, cela m'aurait obligé à m'impliquer dans la vraie vie au lieu de ne faire qu'envoyer courriels et courriers. On peut aussi reconnaître que le seul refus "motivé" était accompagné d'une critique dure que j'ai déjà évoquée: qu'on ne s'attache pas assez aux personnages, que les points du vue ne sont pas assez tranchés, etc.
Pourtant, j'y avais semé les thèmes de la décennie à venir, la manipulation des réseaux sociaux, la cancel culture, et même #metoo (en filigrane), sans doute traités avec trop de légèreté. Et sans doute aussi me suis-je égaré dans les personnages, quand la seule personne vraiment protagoniste de l'affaire est Sofia Frino, qui n'apparaît pourtant qu'au début et à la fin. Il faudrait clarifier, rendre moins brouillonne l'intrigue centrale. 
Mais est-ce que le moment n'est pas déjà passé ? À quoi sert un livre qui aurait pu intéresser son époque, quand cette époque est déjà révolue? Même remarque que sur les poètes contemporains, peut-être doués mais condamnés à la confidentialité ou au silence. Qui les redécouvrira dans cent ans ? Et qui pourra encore s'émouvoir de mots aussi anciens ? 

dimanche 7 mars 2021

La mort de Pierre Jaccottet

Dans une émission culturelle, le chroniqueur de France Inter annonce la mort de Philippe Jaccottet  prénommé par erreur "Pierre Jaccottet". Je lève mon nez de la tasse de café, me demandant si l'on parle d'un frère du poète, d'un homonyme... Della Rovere me demande si je le connais...
Triste fin. Le dernier grand poète de la langue française, le dernier encore à peu près publié et dont les mots pourraient se répéter au-delà des générations, disparaît dans l'obscurité, ignoré même par les gens de bonne culture.
Triste symbole de la poésie française... Peut-on même parler de déclin ? Elle est devenue insignifiante, à peine anecdotique... Dans d'autres pays, aux États-Unis par exemple, les choses semblent bien différentes. Est-ce lié à la langue française si peu malléable ? Est-ce lié à notre histoire, où la poésie s'est perdue dans le genre courtisan qui a ringardisé la rime ? Ou au fantôme de Rimbaud, dont le message a intimidé tous ses apprentis successeurs ?
Cachés dans des blogs perdus, dans des revues confidentielles, il existe peut-être des poètes de valeur qui pourraient "parler" au plus grand nombre, et dont les émotions pourraient se transmettre au delà de leur infime cercle. Mais nés dans le désert, ils demeurent stériles, incapables de modeler leur époque, et à ce titre auront peu d'intérêt pour les générations suivantes, si jamais par accident ou grande chance leurs traces ne se sont pas définitivement perdues. 

samedi 6 mars 2021

Retour sur 2020

On craint même de se retourner sur l'année passée et ses fantômes. Tous les bouleversements dans un espace soudain fermé...
Pourtant, c'est dans cette immobilité qu'a surgi la vie, que ce sont enfin réalisées les anciennes promesses. Paradoxe de la gratitude et de la mauvaise conscience - quand 2020, commencée dans l'infertilité supposée, s'achève dans son inverse éclatant, joyeux. 

dimanche 21 février 2021

Une mode passagère

Vu sur Twitter: quelqu'un ironise sur ce vieil article du Daily Mail (décembre 2000) qui décrit internet comme "une mode passagère déjà abandonnée par des millions de gens"... 
Bien sûr a posteriori cela ne paraît guère visionnaire. Mais je me souviens très bien que justement à cette époque-là, il y avait eu une certaine lassitude d'internet. L'effet de nouveauté avait disparu, les pages mettaient longtemps à apparaître, pour ne pas montrer grand chose. C'était un peu avant l'apparition des smartphones, et de tous les sites qui allaient révolutionner nos vies, les réseaux sociaux, les applications. Pour 5-6 ans encore, les jeux étaient sur disques, comme l'étaient encore la musique et les films (ou alors il fallit trouver de pénibles moyens de télécharger).
Seul nous servait le courrier électronique (pour ma part, une boîte Yahoo): internet était devenu quelque chose d'utile sans être excitant. 
Cette courte période de creux a duré un an peut-être, et la question du Daily Mail se posait réellement : un palier avait été atteint sans que l'étape suivante nous apparaisse encore clairement. Par certains aspects (par exemple la lassitude vis-à-vis des réseaux sociaux, ou la surabondance des informations), nous sommes peut-être de nouveau arrivés à ce moment de palier, où le champ des nouveaux possibles nous est pour l'instant incertain, où un retour en arrière semble parfois envisageable, désirable même. 

dimanche 17 janvier 2021

Volver

Dans ces journées immobiles je songe à mes futurs voyages - la préparation d'un voyage étant déjà un voyage. 

Et comme toujours, je voyage à Istanbul, explorant virtuellement les fantômes de Constantinople (la mosquée de Vefa par exemple, nouvellement restaurée, mais il y a 7 ans si croulante et désolée que j'avais passé mon chemin), les quartiers le long du Bosphore, et les alentours de la ville que faute de temps et de compagnie j'avais remis à plus tard, Edirne notamment, ou İznik, que les vieux murs enserrent depuis des millénaires.

Et voilà un autre endroit où je voudrais retourner rapidement : Cordoue, Séville où je ne suis jamais allé, Grenade bien sûr, le palais de Medina al-Zahara, plus loin Tolède... L'un des premiers voyages que j'avais fait sans mes parents (en fait, le premier voyage si j'exclus les séjours linguistiques) et qui m'avait fait une impression profonde. La ville écrasée de soleil, où l'on se refugiait dans des chapelles où trônaient les immenses toiles du Greco, aperçues dans l'abattement de la chaleur et du vin rouge... Souvenirs flous mais heureux. 

lundi 11 janvier 2021

Sailing to Byzantium

Il y a des poèmes lus dans l'enfance qui nous portent pour le reste de notre vie.

Et il y a des poèmes que nous portons en nous sans les avoir jamais lus, qui soudain éclosent au hasard d'une page. Double éblouissement: le jaillissement du poème dans la réalité d'un livre, et le soulagement d'une sensation enfin parvenue à son port.

"Sailing to Byzantium" de Yeats... depuis 20 ans les mots me manquaient pour décrire cette soif étrange de la ville, même si, pour ceux qui auront lu les autres messages de ce blog, la dimension ottomane et même récente de la ville m'a longtemps attirée beaucoup plus que le mythe byzantin. D'ailleurs, j'ai passé de longues semaines à Istanbul sans jamais mettre les pieds dans la Küçük Ayasofya, la Bodrum Camii, l'Imrahor Camii (dont l'accès n'était pas non plus facile). J'étais plus occupé à écouter le muezzin et boire des bières, qu'à me mettre dans les pas des anciens pèlerins. Et surtout, stupidement (?), j'occupais beaucoup trop de temps à écrire mes "romans" dont personne n'a voulu.

samedi 26 décembre 2020

Believe that further shore / Is reachable from here

History says, don't hope
On this side of the grave.
But then, once in a lifetime
The longed-for tidal wave
Of justice can rise up,
And hope and history rhyme.

So hope for a great sea-change
On the far side of revenge.
Believe that further shore
Is reachable from here.
Believe in miracle
And cures and healing wells.

Call miracle self-healing:
The utter, self-revealing
Double-take of feeling.
If there's fire on the mountain
Or lightning and storm
And a god speaks from the sky

That means someone is hearing
The outcry and the birth-cry
Of new life at its term.
Seamus Heaney

samedi 12 décembre 2020

20 novembre

On aimerait en dire plus sur l'émotion, le bonheur, ou autres sentiments qui viendront a posteriori. Mais dans cette salle d'hôpital où tintaient les sondes et les moniteurs (ou pire, cessaient parfois de tinter !), l'impression principale était d'impuissance, de fragilité.
Et dans le regard échangé (?), toutes sortes d'appréhensions et de questions auxquelles je n'aurai jamais la réponse !
Il faudra laisser le souffle de vie balayer ma nature pessimiste, me permettre de profiter de l'instant, me permettre de faire confiance à un si petit être pour s'épanouir dans l'aventure qui commence. 

dimanche 15 novembre 2020

La nuit de novembre

"De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu'un soupir,
Et s'évanouit comme un rêve."

Lisant ces vers de Musset (curieusement toujours lisibles et parlants, malgré tout le temps et toutes les critiques amoncellés depuis), je repensai à la fin de mes "échanges" avec Maître Kanter... Fin dont je mets du temps à me résoudre, alors que la question est close depuis longtemps certainement. Quel nom donner à tout cela ? Le mot "échange" est-il même correct ? Qu'ai-je donné ? Qu'ai-je reçu, à part un peu de confiance en moi vite étanchée, quelques illusions construites sur des mensonges et des silences, et jamais aucun geste ni aucun rêve ? Il ne me reste rien que des questions innombrables, que des incertitudes. Je suis même incapable de savoir ce que je voulais, ce que je veux, ce que je voudrai un jour !

A un moment pourtant, j'ai cru voir une solution possible. La présence quasi-imaginaire de Maître Kanter comblait un besoin, me permettait de m'exprimer, me renvoyait une image plaisante, encore jamais vue. De cela, je devrais être reconnaissant. Et je le suis, même s'il s'agissait sans doute plus pour moi d'une construction intérieure que d'un être réel, et j'ignore à qui adresser ma gratutide. "Tels sont les désirs qui nous ont quittés sans s’être accomplis ; sans qu’aucun n'atteigne à une nuit de volupté ou à son lumineux matin."

samedi 14 novembre 2020

Ils sont dans le jacuzzi...

Dans ces moments d'ennui, promenade sur Instagram où, par le jeu des algorithmes, surgissent en foule les images de ces couples heureux, amoureux, voyageurs, élégants, sportifs, désirables en tous points... J'avais lu il y a quelques temps qu'Instagram est le réseau social qui rend le plus malheureux (dans une rude compétition avec les autres réseaux !).
On a beau savoir que ce ne sont que des fictions personnelles, qu'eux-mêmes dissimulent leurs douleurs, leurs solitudes, s'angoissent dès que les réactions leur semblent insuffisantes, se grisent de l'avis de parfaits inconnus... Mais parfois, au détour d'une image, par certains aspects de vie ordinaire, on croit deviner un peu d'authenticité, une vérité vaguement plausible. Et la question perpétuelle revient: pourquoi rien de cela ne m'est jamais arrivé ? Même pas le reflet de cette image ? Même pas le commencement d'une ébauche d'un reflet de cette image ?

*

Et encore, je regarde cela "de l'autre côté de la jeunesse", de l'autre côté de la vie. Mais pour un jeune aujourd'hui, combien en effet ces images doivent être frustrantes, douloureuses. A l'époque, rien de cela n'existait. Il n'y avait quasiment rien entre la littérature et la pornographie pour constituer un imaginaire. En étions-nous plus heureux, ou moins heureux ? Je l'ignore.
Ces images m'auraient rendu malheureux certainement, mais peut-être m'auraient-elles aidé, à leur façon, à comprendre ce à quoi ma future vie pouvait ressembler. Au lieu de cela, je ne voyais alors que des récits sordides, des "ponts des soupirs" scabreux, des personnages caricaturaux qui n'éveillaient en moi ni jalousie, ni aucun désir. 

mercredi 11 novembre 2020

Un homme libre

Rêve où je me retrouvais au lycée (?) et où l'on me demandait "qu'est-ce qu'un homme libre ?".
Et je me promenais, dans les citations littéraires et les peintures, dans l'émerveillement des arts et de la pensée. Hélas, je ne me souviens plus de rien ! Sauf à la fin, je redisais le poème d'Henri Michaux, "un jour, un jour peut-être..." et j'évoquais la fin de la pièce de théâtre Art, avec cette peinture blanche, peinture d'un skieur vêtu de blanc, qui s'éloigne dans un tourbillon de neige... "Voilà un homme libre", concluais-je.

*

Clown

Un jour,
Un jour, bientôt peut-être,
Un jour j'arracherai l'ancre qui tient mon navire loin des mers

Avec la sorte de courage qu'il faut pour être rien et rien que rien.
Je lâcherai ce qui paraissait m'être indissolublement proche.

Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D'un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînements "de fil en aiguille"
Vide de l'abcès d'être quelqu'un, je boirai à nouveau l'espace nourricier.

A coups de ridicule, de déchéances (qu'est-ce que la déchéance?), par éclatement.
Par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j'expulserai de moi la forme qu'on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage
Et à mes semblables, si dignes, si dignes mes semblables.

Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une immense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m'avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l'estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

Clown, abattant dans la risée, dans l'esclaffement, dans le grotesque, le sens que toute lumière je m'étais fait de mon importance.
Je plongerai.
Sans bourse dans l'infini-esprit sous-jacent ouvert à tous, ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée.

A force d'être nul
Et ras
Et risible...

Tu es vivant

Rêve dans une maison inconnue, en fin de nuit. Deux jeunes chétifs s'approchent, s'embrassent (curieusement, il ne s'agissait ni de moi, ni de personne dont je me souvienne). L'un d'eux finit par demander l'heure - six heures du matin - et par dire qu'il a bien fait d'entrer dans la maison à ce moment-là. L'autre répond justement que non. C'est l'heure où le père entre dans le salon, avec sa grande tasse de thé.
Le père ne semble guère surpris, il fait une remarque bienveillante sur le célibat qui s'achève. Ils s'embrassent de nouveau, l'un d'eux s'en excuse. Le père répond après un silence: "tu es vivant" ou plus exactement "tu es en train de vivre" ("you are living")..

dimanche 11 octobre 2020

Nouvelle normalité

Avec du recul, on se demandera comment chacun aura vécu cette année étrange, avec ses confinements, ses couvre-feux, ses sorties masquées, la méfiance même parmi les proches, et les idées folles et antagonistes gonflées par la solitude et les réseaux sociaux... Mais pour moi la nouvelle normalité n'a pas été si pesante, l'activité professionnelle s'est poursuivie, la fin de l'activité sociale à en partie été un soulagement, la forte probabilité d'avoir contracté le virus dès le mois de mars m'a évité la panique, et les perspectives à venir ont rendu la vie à deux légère, joyeuse... 

samedi 26 septembre 2020

vieilles lunes

Fascinante lecture: Quand notre monde a cessé d'être chrétien de Guillaume Cuchet. L'auteur cherche toutes les causes, bouleversements sociaux, familiaux, exode rurale, montée de l'individualisme, apparition de la télévision... mais surtout, à ses yeux, le Concile Vatican II qui a brouillé les bases de la foi, qui a ravagé les pratiques. Est-ce vrai ? Est ce valable pour tous les pays ? 
Conclusion sous forme de question rhétorique : "est-ce la même religion?"  N'est juste resté que la puissance du message christique (pour ceux qui font l'effort de se renseigner), mais la construction ecclésiastique s'est effondrée. Et tous les dogmes, résurrection de la chair, enfer, immaculée conception, rémission des péchés, ont disparu comme des vieilles lunes vides de sens, que même les prêtres ne savaient plus expliquer.
Il faudrait raconter, de façon plus détaillée, mon expérience de ces questions. Par exemple, mes parents qui ne nous ont rien transmis parce qu'il ne savaient pas quoi nous transmettre... L'hostie ravalée au niveau de "symbole". La "transcendence" comme un mantra jamais expliqué.
La religion catholique n'est plus qu'un marqueur social pour une minorité  malveillante, et un vague marqueur culturel quand quelque extrémiste vient troubler le fond oublié de notre identité.
Pire encore, par ses positions sociales (venues d'on ne sait quelles piètres interprétations ou lectures), l'Eglise semble pour beaucoup avoir trahi le message du Christ, et incarner, non pas l'hypocrisie ou l'arriération (ce qui pourrait encore lui être pardonné), mais le mal lui-même. 

dimanche 30 août 2020

Bundestag

Déplorables images d'une foule berlinois "furieuse" (excitée par les réseaux sociaux et appelant Poutine à l'aide (!) cherchant à s'engouffrer dans le Bubdestag, tandis qu'à quelques centaines de kilomètres des femmes biélorusses manifestent pour la démocratie et pour des élections enfin libres. Quelle indécence.

*
 
J'espère que les hystéries de notre époque seront vite oubliées, rangées par les historiens du futur dans la collections des nombreuses fièvres sans conséquences... Cette somme de "colères" individuelles que ne vient plus calmer les mouvements collectifs (syndicats, partis, expressions artistiques) est stérile. Parvenue au pouvoir (États-Unis, Royaume-Uni, Italie), elle sombre dans un chaos et une surenchère inextinguible. La chute est douloureuse, mais la remontée le sera aussi sans doute (si nous y parvenons). 

mardi 25 août 2020

Des événements (2)

Sur tous ces événements, et bien au-delà, on pourra me faire un reproche similaire: que  des crises fondamentales, des artistes devenus immanquables (ou qui le sont peut-être déjà aujourd'hui), n'ont pas affleuré ces lignes... Et l'on se demandera dans quelle bulle, dans quel hospice lointain j'ai vécu, en constatant que l'écho d'immenses batailles n'a pas déclenché chez moi le moindre murmure.

vendredi 21 août 2020

Vers la fausse Istanbul

Rêve que j'allais à Istanbul (une "fausse Istanbul"* que nous n'apercevions que de loin). J'étais avec la Mazarine sur un bateau qui longeait Büyükada, où des palais vénitiens s'élevaient le long de falaises gigantesques, reliées par de hauts ponts.

Plus tard, j'arrangeais un voyage familial en Méditerranée (au départ de Venise? Ou Patras?) mais nous arrivions d'abord dans un aéroport turc, avec un ascenseur qui ne fonctionnait pas.

*

Au réveil, déplorable annonce de la reconversion de Kariye Camii (Saint Sauveur in Chora), j'imagine que celle-ci suivra le "modèle" de la mosquée/musée Fethiye, avec la salle principale pour la prière et les autres pour la visite (?). Tous ces monuments fragiles et précieux méritent mieux qu'une instrumentalisation grossière. J'en tremble. 

jeudi 13 août 2020

Des événements

Des événements importants de cet été (Biélorussie et Méditerranée orientale) les médias français ont été presque muets dans les premiers jours où ils ont eu lieu. La crédibilité de l'union européenne s'y joue pourtant, son modèle, ses valeurs, et sa force. 

Phénomène presque inexplicable pour moi, à l'heure de l'information en temps réel. Peut-être que ces événements manquaient d'images spectaculaires (du moins au début), nécessitaient un peu de pédagogie (localiser Minsk et Kastelorizo), et qu'ils semblaient très lointains, surgissant comme d'une autre époque.

jeudi 6 août 2020

Explication du monde

Dans toutes les explications du monde, la sagesse des anciens grecs n'a rien perdu de sa valeur: une lutte entre dieux jaloux, amusés à se jouer de nous, emportant nos derstinées dans leurs querelles, dans leurs amours peut-être. Comment justifier autrement l'ironie et la cruauté de la vie? Ni le hasard, ni un dessein supérieur auquel se soumettre, ne semble intellectuellement satisfaisants. 

vendredi 26 juin 2020

26 juin 2020

Pensée fugace tandis que je courais dans les extrémités boisées de la ville, à la recherche de nouveaux chemins, de sentes cachées, agrandissant les limites connues de mon environnement à défaut d'explorer le monde. Oserais-je le dire, sans attirer sur moi les malheurs? Les travaux de la semaine accomplis. La joie de se savoir en bonne santé (surtout en ces temps troublés). La bienveillante attention de ceux qui compte pour moi. Dans sa poche aquatique, un  “lutin“ amateur de trampoline cabriole. Que demander de plus? 

mercredi 3 juin 2020

Dix ans après

(Rares) lectures de confinement, les Trois Mousquetaires et Vingt ans après... débusqués dans les hauteurs de l'étagère où ils sommeillaient depuis plusieurs générations.

J'avais tenté de lire les Trois Mousquetaires il y a une dizaine d'années. Je n'avais ressenti aucun intérêt pour ces histoires niaises d'amitié et de bravoure à la recherche d'un vague "ferret" qui sauverait l'honneur d'une reine. Au quatrième chapitre, le livre avait sagement rejoint la poussière un instant perturbée.

Parfois l'humeur change, les sentences se révisent, et l'on découvre un intérêt pour des choses ou des personnes précédemment condamnées. J'ignore ce qui a changé en moi (le besoin d'action dans un moment de claustration?), emporté en quelques jours par ces pages spectaculaires - le récit de la mort de Buckingham, par exemple, les manipulations de Milady, comment ai-je pu ignorer cela si longtemps? 

Et surtout, dans Vingt ans après, la sobre descriptions des désillusions, les amis dressés les uns contre les autres, les carrières qui n'ont pas avancé (scène très familière...). Ce passage consternant, en fin de livre, où D'Artagnan instille la méfiance de chaque mousquetaire envers les deux autres, pour s'assurer qu'aucun ne le trahira... Le livre se finit même trop vite, on en réclame plus! 

Heureusement la livraison du Vicomte de Bragelonne est "en cours d'acheminement". Hâte-toi! 



lundi 18 mai 2020

Message ouvert pour

Terrible angoisse. On voudrait que tout se passe bien. Empêché d'accéder au centre médical (pour cause de coronavirus), j'attends des messages qui tarderont bien trop.
Immatérialité et impuissance.
S'il lui est donné d'exister et d'arriver à l'âge des questions et des troubles, j'espère qu'il/elle ne doutera jamais d'avoir été intensément désiré(e)!

*

Me revient le message ouvert pour moi à l'abbaye de Chantelle:

"Qui regarde le vent, ne sème point,
qui observe les nuages, ne moissonne pas.
Comme tu ne connais pas la route du vent, ni les secrets d'une femme enceinte, ainsi tu ne peux connaître l’œuvre de Dieu qui dirige tout."




mercredi 13 mai 2020

Retour sur 2019

Je regrette de ne pas avoir davantage décrit, sur le moment, les événements de cette année si différente des autres pour moi. Non qu'il y ait eu le moindre changement tangible dans le cours de ma "vie extérieure", mais ces événements ont enrichi ma "vie intérieure" d'émotions nouvelles, qui auraient mérité de figurer ici.

Pour me justifier, je dirais que ces émotions étaient justement trop vivantes, trop incertaines, pour être  "partagées". La puissance mensongère du souvenir devra s'y substituer, qui déjà recrée les choses sous un angle moins vivace, plus apaisé.

mardi 5 mai 2020

Bundesverfassungsgericht

On se souviendra que le coup de grâce et le renversement de l'Union européenne seront venus, non d'autocrates extrémistes ou d’États périphériques jamais convaincus par le projet, mais de juges constitutionnels confortablement drapés dans des convictions statiques et nationales des enjeux contemporains.

Ceci dit, l'Union européenne se construit sur des ambiguïtés, sur des contradictions, sur des reculs aussi. La dimension "fédérale" de la Cour de Justice de l'Union européenne et son activisme dynamique en faveur de la construction européenne étaient passées sous l'écran de radar, et lui avaient permis de prendre le relais d'une Commission impuissante et d'États incertains. Cette situation n'était peut-être pas viable démocratiquement (pas plus néanmoins qu'une rébellion de juges nationaux qui s'arrogent l'interprétation du droit européen pour 26 autres États). 

La création d'un espace démocratique lisible pour les citoyens européens devraient idéalement se substituer à ces échafaudages bancals, mais la société prend le chemin inverse, avec son hyper-fragmentation du fait des réseaux sociaux (qui entretiennent les effets de bulle et de complot), sa fascination pour les discours simples et radicaux dont la violence même rassure (car donne l'illusion que tout est possible?). 

La crise du coronavirus pourrait peut-être permettre un certain réveil (la "crise", c'est "l'irruption de l'avenir dans le présent" - intéressante formule du Dyonisien). L'inanité et l'impuissance des présidences autocratiques sont exposées (mais les intéressés le perçoivent-ils seulement? l’aveuglement semble irréversible hélas), les manipulations sont dénoncées. Il est aussi apparu clairement que l'impuissance des institutions européennes provient surtout des dissensions entre États-Membres, et que les solutions ne sont pas à Bruxelles mais à Berlin ou La Haye. D'un côté, l'absence d'une communauté, de l'autre, la demande presque désespérée d'une communauté ("que fait l'Europe?"): cette contradiction conduit à des situations négatives (dont profitent les extrêmes, qui brocardent l'inaction d'une Europe dont ils ont pourtant coupé les ailes!), et force l'Europe à n'avancer qu'à reculons, forcée par des catastrophes successives, quand toute autre option mènerait à l'anéantissement.

vendredi 1 mai 2020

Une impression durable

Réveil au milieu de la nuit.... Je me trouvais dans le métro, un peu égaré, je rencontrais soudain ma grand mère (paternelle). Nous n'avons pas parlé mais nous nous sommes étreints, avec émotion.

Rêve d'autant plus étonnant que je pense rarement à elle, que je n'en parle pas, qu'elle m'évoque peu de souvenirs. Dans notre enfance, nous étions loin de C**, et nous la voyions surtout dans des occasions assez formelles (avec pour seuls souvenirs les nuits à écouter les voitures, et les promesses non-tenues de tante Roberte). Nous étions aussi "manipulés" pour ne pas aller la voir - elle en avait fait le reproche (justifié) à ma mère, qui prétendait que nous nous ennuyions à C** et nous demandait de le dire. Pourtant, j'ai en mémoire son rire, des jeux de cartes ou livres anciens que j'y lisais, une journée où nous étions allés au manège et avions attrapé le pompon (les plaisirs de la vraie ville, que nous ignorions dans notre quartier "péri-urbain"). 
Ce n'est pas grand-chose.
Passé mes dix ans, elle a commencé à décliner, à perdre lentement l'esprit, et c'était une gentille personne poudrée un peu gênante, à qui l'on ne savait quoi dire, et qui ne nous reconnaissait plus (je me demande comment nous aurions pu faire sur elle une impression très durable, alzheimer ou non, en l'ayant vu si rarement).
Pourtant, l'émotion de la voir "dans le métro" était bien réelle cette nuit, comme si nous avions des choses à partager, une relation jamais construite, une tendresse jamais exprimée.

Couper les vivres

Je repense souvent à cette discussion déjà ancienne, il y a deux ou trois ans peut-être. Mon père expliquait qu'une cousine (déjà étudiante) était en couple avec un homme beaucoup plus vieux qu'elle, et que, par réaction, mon oncle lui avait "coupé les vivres". Cette mesure avait paru tout à fait raisonnable à mon père (notons au passage que l'oncle en question a quitté son épouse pour une femme plus jeune... on n'est plus à un paradoxe près).

Cette anecdote en dit plus que cent messages que je pourrais écrire. Il n'y aurait pas eu d'échappatoire (si la situation avait dû se présenter), uniquement des réactions violentes, des renonciations terribles. Dans tout cela, "l'amour paternel" n'a pas sa place, il ne l'a jamais eue.

lundi 20 avril 2020

Annonce

A défaut d'ange surgissant de la lumière, une tâche sur une bandelette mouillée d'urine... mais je crois que l'émotion est la même. Crainte, incertitude, gratitude...

mercredi 8 avril 2020

Le monde d'après

Retournement social: certains métiers dévalorisés s'avèrent les plus utiles - éboueurs, caissiers, brancardiers - tandis que nombre de hauts diplômés se retrouvent oisifs (ce n'est pas mon cas), à la campagne, à écouter les oiseaux chanter et à réinventer le monde sur les réseaux sociaux.

Le monde d'après sera-t-il aussi différent que certains le prétendent? Malheureusement sur ces aspects sociaux, économiques, géopolitiques, sans doute non, sans doute même pire. Hormis quelques rêveurs, tous voudront retourner à la normale, voire minimiser les sacrifices qu'il faudrait pour réellement changer de monde. Les tendances les plus négatives des années précédents s'aggravent (complotisme, isolationnisme, etc.) et les solutions les plus extrêmes sont parées des vertus du "bon sens".

vendredi 13 mars 2020

Telle personne en parfaite santé

Difficulté de la situation, on ignore pendant quatorze jours si l'on est atteint, tout en étant contagieux. Par conséquent, la méfiance s'impose. Telle personne en parfaite santé est semeuse de mort. Comme les amis que l'on étreint, toutes les intéractions sociales deviennent dangereuses. L'insouciance (hier encore, quand j'y repense!) cède soudain la place à la panique.

jeudi 5 mars 2020

In the electric mist

Cette sensation que j'avais décrite il y a des années, de se sentir soudain l'objet d'un désir que l'on n'avait pas cherché à provoquer, d'un désir trop pressant auquel on ne sait comment répondre, si ce n'est pas par la prostration sidérée puis la fuite... L'on s'interroge: n'avais-je pas envoyé des messages ambigus - dans un regard, dans une attitude - n'aurais-je pas voulu répondre aux mêmes sollicitations ailleurs ou à d'autres moments, n'ai-je pas provoqué cette situation en travaillant depuis quelques temps, et en réussisant enfin, à cet âge presque trop avancé, à me construire un corps désirable? A quoi bon?


mardi 28 janvier 2020

Sous le parapluie, un poète oublié, une montagne froide

Sous la pluie battante, entre le pub irlandais et le restaurant japonais, j'aurais très bien pu mettre ma capuche au lieu de m'abriter sous son parapluie, de me calquer sur son pas rapide, sautant joyeusement au-dessus des vastes flaques comme pour prouver ma souplesse et ma vigueur...

*

Paul Toussaint a décrit en son temps une situation similaire (et dont la conclusion avait été similaire!), dans un poème qu'il avait failli supprimer du recueil.

Nous marchons lentement le long du fleuve, 
Abrités embrassés sous ton parapluie bleu, 
Nous nous aimons – quel dommage qu’il pleuve ! 
Mais qu’importe, après tout, le vieux soleil mielleux ?

Et si nous faisions l’amour ?

(...) Passent les avenues, rêve la ville, 
Et toujours nous marchons dans l’air pesant du soir ; 
 Sur ton visage, un dernier rayon brille, 
Une promesse en ton regard un chant d’espoir… 

Et si nous faisions l’amour ? 

*

Il faut savoir se satisfaire de peu, savoir se satisfaire de rien, un sourire à peine esquissé, une information parcimonieusement délivrée (qui accroît nuages et questions eu lieu de dissiper les mystères), une rare attention non forcée. "On me parle d'un volcan, mais je ne vois qu'une montagne froide" lui avais-je répliqué, un jour, furieux de ne rien obtenir.

jeudi 29 août 2019

Quand le cœur ne grandit pas

Il était écrit peut-être qu'un tel bonheur resterait un moment isolé, un segment fermé et stérile... Un nouvel échec !
Je m'y suis habitué pourtant, depuis tant de déceptions accumulées... Et le médecin avait déjà annoncé n'avoir pas entendu de battement de cœur - sans établir néanmoins de pronostic définitif, nous nous étions pris à y croire. 
La longue cohorte du florentin, de la parisienne, de la bruxelloise, du padouan, de la trébizondaise, de mes enfants imaginaires, baptisés par les lieux auxquels j'ai associé leur absence...  peuple le monde de leurs potentialités évanouies. Seule consolation peut-être dans ce désastre, Della Rovere également effondrée, décidée à remédier au "problème" (sans doute pas une malchance statistique). 

mardi 20 août 2019

A l'est d'Erzurum...

Turquie orientale... ce voyage si souvent rêvé, maintenant effectué dans l'enchantement, dans une entente confiante jamais égalée peut-être avec Della Rovere, approchant Trabzon, Ani, Van, Doğubayazıt en face du Mont Ararat...
Chaleur des rencontres (la surprise de voir deux touristes... quand on compare avec la Cappadoce et ses cohortes de cars chinois ou indiens), qualité d'infrastructures presque démesurées, préservation des monuments (parfois même trop, et le présent semble détaché du passé), diversité des paysages... Pourtant personne n'y va, jamais. J'ai moi-même reporté ce voyage dix fois au moins. Peut-être l'exotisme n'est pas assez fort pour des touristes ouest-européens? Ces grandes routes trop longues, ces restaurants à la lumière glauque, cette vie austère et banale, n'éveillent peut-être pas leur imagination, leurs désirs... 
Quelque chose dans l'urbanisme débridé d'un pays émergent, et toutes les plaies mal cachées, tous les silences qu'on n'ose rompre. Un voyage qui ne manque ni de grandeur, ni de tristesse. Les vallées de Yusufeli et leurs villages de bric et broc, les peupliers, les terrasses plantureuses, bientôt recouverts par l'eau morne des barrages. Ce que l'on voit n'existera plus. Et pour nous aussi, de tels moments surnageront comme des vestiges miraculeux, inexplicables, construits par des vivants oubliés.

"Un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher un jour."

mercredi 24 juillet 2019

A rebours

Fascinante biographie de Karl Lagerfeld (qui manque toutefois d'images pour rendre le sujet compréhensible). Allusions répétées à Eduard von Keyserling (à creuser), à Huysmans. 

Et je rêvais à l'étrange fortune d'A rebours, qui traverse les générations alors que s'éteignent discrètement tous les dinosaures de son époque. Un "roman" dans lequel il ne se passe strictement rien, qui ne plaît ni aux jeunes, ni aux vieux... 

Mais ceux qui doivent le lire l'ont lu.

mercredi 17 juillet 2019

Berliner Ruf

Soirée à Berlin. Tout avait pourtant bien commencé : la lumière d'été, les mots qui reviennent comme de vieux amis, et ce sentiment de familiarité, de bien-être, de liberté même... Ai-je vraiment ressenti cette sensation ailleurs qu'en Allemagne?

Mes impressions se sont brouillées. J'ai cessé de parler. Une sensation de gâchis, de perte s'est emparée de moi. En vain j'en ai fait part à Della Rovere, à Maître Kanter... Comment leur expliquer ? J'aurais dû tout fuir il y a quinze ans (quinze ans déjà ont passé!). Il y avait des opportunités peut-être, professionnelles, amoureuses. Mais je ne les ai pas regardées. Je ne les ai même pas vues, en fait!

mardi 26 février 2019

Le serviteur inutile

Rapide relecture d'extraits de La Recherche. Une phrase saisit évidemment la situation: "Il se rappela les becs de gaz qu’on éteignait boulevard des Italiens, quand il l’avait rencontrée contre tout espoir parmi les ombres errantes, dans cette nuit qui lui avait semblé presque surnaturelle et qui en effet - nuit d’un temps où il n’avait même pas à se demander s’il ne la contrarierait pas en la cherchant,  en la retrouvant, tant il était sûr qu’elle n’avait pas de plus grande joie que de le voir et de rentrer avec lui - appartenait bien à un monde mystérieux où on ne peut jamais revenir quand les portes s’en sont refermées."

Effet de cette phrase ou passage du temps ? Je constate que, même dans ma tête, "les portes se sont refermées", que ce matin j'étais revenu au niveau initial de mes désirs, ou pire même à un niveau moindre, à un niveau auquel même ce que je n'ai jamais eu me semble irrémédiablement retiré. 

*

Parole sévère du Christ, que j'avais pourtant méditée à l'époque : "On donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres où il y aura des pleurs et des grincements de dents."

mardi 8 janvier 2019

Après bien des gymnastiques

Relu par hasard dans le blog, et qui colle à mille situations déjà vécues:
"Habitué à l'imminence de la catastrophe et à la proximité du suicide, persuadé que l'estime que l'on me porte est le fruit d'une incompréhension, je ne vois dans la main tendue qu'une erreur dont je me sens coupable, au lieu d'admettre simplement que réside là, après bien des gymnastiques, la possibilité du bonheur."

dimanche 30 décembre 2018

Sans laisser d'empreinte

Piteuse non-conclusion de l'histoire... Une autre voie était-elle envisageable ? Même de mon côté je ne savais qu'offrir ni que demander... L'éloignement ou l'atteinte*, la poursuite ou la fuite!  

Chacun a fait ses comptes, et considéré que même une halte rapide ne désaltèrerait pas, que même si la vie file dans nos nuits sans laisser la moindre empreinte une étreinte nous retarderait. 

Je me suis trompé. J'ai fait les mauvais choix, une fois de plus. Mais, à ma décharge, à quel moment les choix se sont-ils présentés de façon claire? 

J'aimerais qu'on m'explique ce qui se passe, qu'on me dise quoi faire - mais les choses se sont très bien décidées d'elles-mêmes, sans mon intervention. Je suis de retour dans mon désert.

mardi 25 décembre 2018

Quand l'Europe improvise

Hâte de lire le nouveau livre de Luuk van Middelaar, sans doute le seul penseur un peu juste et bien informé de l'Europe actuelle. Son Passage à l'Europe avait été lu, continue d'être commenté, mais est hélas probablement daté... Nouvelles régressions, nouvelles menaces.
Le titre "Quand l'Europe improvise" m'intrigue. Est-ce un reproche? Mais toute construction humaine improvise sans cesse. Rien n'est stable. L'équilibre est dans le travail des forces. Surtout à notre époque où l'Europe a dû survivre à des crises majeures: crise financière, crise migratoire, crise sécuritaire, crise liée à la mondialisation (ou plus exactement, à l'économie moderne), crise démographique dont les effets se font déjà sentir... Ce qui doit demeurer, c'est la volonté de rapprochement entre les peuples d'Europe, à l'intérieur de la civilisation européenne. Le destin des institutions est une autre affaire. A trop lier l'un et l'autre, nous perdons de vue l'essence de notre vie commune.

jeudi 6 décembre 2018

Gilets jaunes

Il faudra que l'histoire revienne souvent sur un effondrement aussi rapide, sur la désagrégation formidable de tout lien social, de toutes ces institutions respectables. Pourquoi maintenant? Pourquoi ici? Et pour combien de temps?

mardi 4 décembre 2018

Un autre 30 novembre

Coïncidence des dates, et si j'y avais pensé peut être aurais-je été plus loin dans l'exorcisme...

Cette attente inquiète d'un message, cette brûlure, qui me faisait écouter d'une oreille impatiente les conversations de mes amis. Et soudain, la réponse, l'euphorie d'une rencontre possible, les mots que l'on n'ose pas dire, qu'on se murmure à soi-même, la tendresse.

jeudi 29 novembre 2018

Le rêve du requin

La nuit précédent une importante rencontre, ce rêve brutalement interrompu. Je me trouvais "en Californie" sur une plage aux eaux gris foncé, métallique. Le ciel était nuageux, mais nous décidions de nous baigner avec d'autres personnes. Je me disais qu'il n'y avait de requins qu'en Afrique du Sud, dans l'Océan indien. Dans l'eau apparaît soudain un requin, il tourne autour des nageurs, et se précipite vers moi.
À ce moment là, je me réveille. Impossible de me rendormir. 
Je me réveille plutôt que d'affronter mes peurs profondes. La menace est trop puissante. Jamais je n'oserai l'affronter, même en rêve.

*

Et la nuit d'après, alternance instable de phases endormies et éveillées. Éveillé je vois l'impasse et je freine. Endormi je conduis joyeusement dans ma ville, sans craintes des obstacles et du trafic, vers là où je dois aller.

dimanche 25 novembre 2018

La mort de V. D. L.

Par les réseaux sociaux, j'apprends la mort de V.D.L. dans un accident de voiture.
Il était apparu dans notre classe de quatrième comme une sorte d'électron libre, de rebelle (et il payait cher sa rébellion), de meneur de groupe... À l'époque, craignant la catastrophe de l'année précédente, je m'en méfiais beaucoup, je lui adressais la parole le moins possible. Il y avait des abîmes entre nous, j'étais un enfant...
Pourtant, à ma grande surprise, jamais il ne m'a fait souffrir ni humilié. Au contraire, nous nous sommes bien entendus, et je crois que cette entente visible, combinée à l'amitié de C.L.H., m'a gagné le respect neutre de la classe, et m'a sauvé du désespoir.

Maître Kanter

Et dans quelques bulles improvisées, m'imaginer retournant l'ordre des choses, brouillant les cartes savamment dessinées, inversant même le cours de la vie peut-être, à la poursuite de la jeunesse... 

Capacité d'imagination trop vive, capacité de réalisation quasi-nulle. Déjà surgissent toutes sortes d'objections, des obstacles, des marécages, alors que rien n'a été fait ni même exprimé.

jeudi 8 novembre 2018

Un monde toujours beau, toujours divers, toujours nouveau

Beau spectacle sur La Fontaine, émouvant... Envie de s'y replonger. Cette belle langue, parfaite. Pertinente réflexion du comédien: en ayant atteint cette perfection il a rendu vaine toute tentative ultérieure d'écrire des fables. 

"Amants, heureux amants, voulez-vous voyager?
Que ce soit aux rives prochaines;
Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste;
J’ai quelquefois aimé! je n’aurais pas alors
Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,
Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas, éclairés par les yeux
De l’aimable et jeune Bergère
Pour qui, sous le fils de Cythère,
Je servis, engagé par mes premiers serments.
Hélas! quand reviendront de semblables moments?
Faut-il que tant d’objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète?
Ah! si mon cœur osait encor se renflammer!
Ne sentirai-je plus de charme qui m’arrête?
Ai-je passé le temps d’aimer?"

Gratitude

Dévoré, en quelques heures ensoleillées, le tome IX du Journal de Charles Juliet. Il y a quelques semaines, je l'avais acheté en croyant lire "Juliette Charles" sur la couverture et en pensant qu'il s'agissait d'une écrivain bobo parisienne (type Jacqueline Berger) qui pourrait être utile à un de mes vieux projets. Il faut dire aussi que mon frère me poussait pour sortir rapidement de la librairie, lui-même poussé par son amie qui nous attendait dehors. Mais ce n'est pas une excuse pour ignorer cet écrivain apparemment important (invité dans toutes sortes de colloques, dans des lycées, etc.): je n'en avais jamais entendu parler.

Gratitude - bien sûr! car depuis Marcel Cohen je cherchais en vain une compagnie intelligente et sensible, mais colère aussi de ne découvrir ces maîtres que par pur hasard... Je ne me tiens pourtant pas à l'écart du monde! Pourquoi ne me parle-t-on jamais des seuls auteurs qui comptent, plutôt que de fictionneux insipides et surenchérisseurs dont pas un livre ne survivra la décennie?

vendredi 28 septembre 2018

La chambre de Giovanni

Je l'ai lu en début d'année, souvenir déjà un peu confus, j'avais photographié quelques pages et maintenant je me demande ce qu'elles avaient de particulier. L'intérêt de ce livre est peut-être de rappeler qu'il ne s'agissait pas de quelque chose banale en 1956, mais l'est-elle vraiment devenue? Difficultés sociales, difficultés d'être - notamment cette fuite du temps et de la beauté des corps. Et l'amour compté avec parcimonie (mais cela, c'est pour tout le monde).

"Aime-le, dit Jacques avec véhémence, aime-le et laisse-le t'aimer. Tu crois qu'il y a autre chose qui compte sur cette terre? Et combien de temps penses-tu que ça puisse durer, au mieux, considérant que vous êtes des hommes et que vous avez la vie devant vous? Pas plus de cinq minutes, je te le garantis, cinq minutes, et la plus grande partie de ces cinq minutes, hélas! dans le noir. Et si tu penses qu'elles sont sordides, elles le seront parce que tu ne donneras rien, parce que tu mépriseras ton corps et le sien. Mais tu peux faire que ce soit tout le contraire, vous pouvez vous offrir l'un à l'autre quelque chose qui vous rendra meilleurs à tout jamais, si tu abandonnes cette honte, si tu ne fuis pas le risque. (Il s'interrompit, me regarda, baissa les yeux sur son cognac.) Si tu évite de prendre des risques longtemps, tu te retrouveras à tout jamais de ton propre corps sordide, comme moi."

 "Il m'attira contre lui, se glissant entre mes bras comme s'il se confiait à moi pour que je le porte, et il m'entraîna peu à peu vers le lit. Tout en moi hurlait: Non! et ce qui était vraiment moi soupirait: Oui."


samedi 15 septembre 2018

Somewhere in the heart of experience

Ouvrant rapidement le Quatuor, comme on replonge de temps en temps l'Evangile, les Faits de Marcel Cohen, les Fleurs du Mal, les poèmes de Cavafy:

"How greatly Pursewarden has gained in stature since his death! It was before as if he stood between his own books and our understanding of them. I see now that what we found enigmatic about the man was due to a fault in ourselves. An artist does not live a personal life as we do, he hides it, forcing us to go to his books if we wish to touch the true source of his feelings. Underneath all his preoccupations with sex, society, religion, etc. (all the staple abstractions which allow the forebrain to chatter) there is, quite simply, a man tortured beyond endurance by the lack of tenderness in the world."

"In the harbour of Alexandria the sirens whoop and wail. The screws of ships crush and crunch the green oil-coated waters of the inner bar. Idly bending and inclining, effortlessly breathing as if in the rhythm of the earth's own systole and diastole, the yachts turn their spars against the sky. Somewhere in the heart of experience there is an order and a coherence which we might surprise if we were attentive enough, loving enough, orpatient enough. Will there be time?"

dimanche 2 septembre 2018

Pendant l'été 1959 (2)

Splendide ville de Reggio di Calabria, élégante, et la belle Tropea, bien sûr, comme une petite Dubrovnik bordée de plages tropicales... Mais on retient surtout ces villages de l'Aspromonte aux églises en tôle, aux champs à peine travaillés, les petits commerces sortis des années 1950, les villageois assis le long du trottoir, l'un d'entre eux peu enclin à replier ses jambes de la route, comme ces chiens assoupis dans une léthargie dédaigneuse, persuadés que les rares voitures les contourneront.
A Pentedattilo, deux maisons-musées restaurées sous fonds européens sont évidemment fermées, et les deux boutiques d'artisanat vendent d'indigentes pyrogravures dignes de l'école maternelle, et de la peinture sur coquilles de moules (!).
Sur la Côte Sud, une immense plage de sable est laissée quasiment vierge, hormis la voie ferrée, quelques décharges, des pensions un peu miteuses... Au moins, la notion de "déclin" si angoissante pour tant d'Européens n'a pas cours ici, car il faudrait un point haut à partir duquel décliner.
La notion de "développement" semble lointaine aussi, car elle supposerait une volonté de rattraper le retard: on devine pourtant les efforts individuels, les subventions, les initiatives... A Gerace, le bar-glacier nous comble de petites bruschette puis fait déborder nos cornets dans une abondance périlleuse. A Lamezia, la serveuse nous prépare des crêpes car elle nous trouve sympathiques... Rien n'est facile, rien n'est indiqué (pas même l'incroyable plage de Santa Domenica, qu'il nous a fallu un peu de patience, et deux ragazzi fatigués, pour dénicher), rien ne s'achète vraiment. Peut-être est-ce la vraie vie, le vrai savoir-vivre, qui échappent au reste du continent.

samedi 4 août 2018

Contre la raison

Annonce du nouveau gouvernement italien que les parents n'auront plus à fournir de preuves de la vaccination de leurs enfants, juste une sorte d'engagement sur l'honneur. Ce combat contre la vaccination, une des marottes des cinq étoiles et du président du conseil italien (et de quelques illuminés en France), est la première marque de la folie dans laquelle l'Europe est embarquée. Anti-immigration, anti-Europe, anti-mondialisation, soit: il doit y avoir des arguments peut-être... Mais le rejet de la science, de tout ce qui a pu être démontré objectivement, fait partie d'un complotisme plus large, où la raison et bientôt la vie pourront être déniées. Ces excès devraient être dénoncés, mais par qui?
Loi hypocrite de surcroît, qui laisse aux parents l'opportunité de mentir sur la protection qu'ils jugent nécessaire (sur quelle base? sur des racontars sortis d'internet?) pour leurs enfants. Et qui n'assume pas son parti pris idéologique: si la science ment et que les vaccins sont dangereux, pourquoi les autoriser?

mardi 31 juillet 2018

Pendant l'été 1959

"Pendant l'été 1959, l'hebdomadaire milanais Successo m'avait envoyé en reportage le long des côtes italiennes. (....) En Calabre me frappèrent le dénuement des villages, la sauvagerie du littoral, la tristesse des jeunes, le poids des interdits. (...) Il ne faisait pourtant aucun doute qu'une sympathie intense m'avait inspiré ces lignes sur l'abandon et la misère d'une province florissante au Ve siècle avant Jésus-Christ mais que n'avait plus jamais visité, comme la Sicile sous les Arabes ou la Pouille sous les Normands, le vent roboratif de l'histoire."
Peu à ajouter à ces mots de Dominique Fernandez prêtés à Pasolini dans son étonnante biographie romancée. Les descriptions de Dumas peut être (le dernier écrivain français, semble-t-il, à avoir mis les pieds en Calabre), qui rappelle des voyages à Madagascar ou au fond d'une Afrique qui n'existe même plus. On y voit des choses qu'on ne soupçonnerait même plus après 60 ans de "construction européenne". Et cette impression d'abandon, de défaite au milieu de la beauté... Il suffirait de quelques années pour changer tout cela (comme Pouilles et Sicile ont déjà grandement changé)... mais pourquoi changer ?!
Constructions éventrées par de mystérieux découragements (la mafia? les séismes?), dans l'Aspromonte ou même au bord des merveilleuses plages de Tropea, à moitié construites et déjà gagnées par la rouille et la  végétation, si bien qu'on ignore si l'on est dans le déclin, dans l'investissement "divesti", si quelqu'un a cru un jour en ces projets ou fait mine d'y croire, ou a juste voulu marquer le terrain comme un chien qui laisserait quelques traces pour l'avenir. Mais même cette nonchalance est agréable, rafraîchissante. On ne se sent pas dans l'économie du profit, du client-roi, de la dépense frénétique, mais ramenés dans une autre ère plus indifférente à la marche du monde et aux lois de l'économie marchande.

dimanche 29 juillet 2018

Frédéric 2

Même condamné, même enfermé dans ce tonneau bien scellé, après des heures d'attente où il a espéré ta clémence, où il a refusé d'admettre que tu lui serves d'objet pour tes expériences absurdes, il a crié. Au seuil de l'oubli, il a crié.
Toutes tes victoires et tes défaites, tes magnifiques compromis, tes constructions mathématiquement ordonnées s'évanouiront, deviendront incompréhensibles aux siècles futurs. Mais ce cri, ils le comprendront.

vendredi 27 juillet 2018

Bilan de mi-parcours

Alors que rien ne s'est passé, la "Bruxelloise" évacuée par la chasse d'eau d'un appartement prestigieux, achevant sa courte course dans le retraitement des ordures, les promesses d'un regard jamais engagées, la colère monte et les jours s'enfuient. 
Il y a pourtant des choses que j'ai prises en main, et tout d'abord (enfin!) un léger effort de présentation physique. Toujours empêtré de mon corps je me suis retrouvé à ne plus en avoir tout à fait honte. C'est déjà un début... 
Mais il reste peu de temps pour tout cela. Il me faudrait avoir quinze ans de moins.

dimanche 18 mars 2018

Musée Marmottan, Paris

Dans le sous-sol des merveilles, soudain attiré par cette masse sombre, ce courant qui entraîne les algues rouges, noires, bleues, vertes, et la lumineuse barque sous les branchages. Est-elle prise dans le même mouvement passant furtivement sous notre regard ? Ou, accrochée aux branches, immobile (comme sont accrochées et immobiles toutes ces algues dansantes, courbées) attend-elle simplement que le courant se lasse, se tarisse, ou inversement que se brise sa corde - et que commence enfin, hors cadre, l'âge des remous et des tempêtes?

samedi 17 mars 2018

Nathanaël

"Car, je te le dis en vérité, Nathanaël, chaque désir m'a plus enrichi que la possession toujours fausse de l'objet même de mon désir" peut-être, certes, mais.... Trop riche de désirs et de rêves non formulés, joyeux de détails, d'un mot, de l'ébauche d'un sourire, pauvre et promenant ma pauvreté dans les rues vides, avec dans un plastique trois histoires périmées, inutiles, et mes constructions absurdes et splendides.

mercredi 27 décembre 2017

Messe de minuit (2)

Pensant à cette messe, je relisais en diagonale l'évangile de Luc: "Et moi, je vous dis : Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe. Quel est parmi vous le père qui donnera une pierre à son fils, s'il lui demande du pain? Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu d'un poisson? Ou, s'il demande un oeuf, lui donnera-t-il un scorpion?"
Sans doute nos "problèmes" viennent-ils aussi de notre incapacité à formuler clairement nos désirs, à exprimer des demandes contradictoires impossibles à satisfaire... Alors j'ai demandé les choses de façon simple, du pain, un poisson, et un œuf!

mardi 26 décembre 2017

Messe de minuit

Cette liturgie m'emporte toujours dans des directions lointaines... Mais cette fois, la célébration de la naissance me laissait indifférent, puis furieux. Je repensais aux dernières années, à ce qui m'avait été donné et repris aussitôt. 
"Allez, dans la paix du Christ. Nous rendons grâce à Dieu." Je ne suis pas allé dans la paix du Christ, et je n'ai pas rendu grâce à Dieu. Mes efforts ont été vains. On m'a volé ce que j'avais. Et j'ai perdu mes meilleures années dans une attente absurde peut-être, mais légitime. Pourquoi devrais-je rendre grâce?

dimanche 29 octobre 2017

Wolvendael (2)

Je ne pouvais supporter cet ennui. Et je suis parti seul, marcher vers la "vallée aux loups" déjà mentionnée, qui pourtant ne m'avait guère aidée à remettre mes idées en place ("Je perçois si distinctement mes limites et mes insuffisances"). Comment est-il seulement possible, tolérable, de s'ennuyer autant à nos âges? Les trois années précédentes du "voyageur absent" m'avaient laissé dans le mouvement perpétuel: il ne se passait rien de sérieux dans ma vie, mais j'étais incapable de m'en rendre compte, tous les déplacements occultaient l'immobilité de ma vie! Mais maintenant, les jours se succèdent aux jours, similaires, les week-ends se passent dans l'inaction: courses, télévision, une vague promenade comme un chien qu'il faut aller sortir.
Il va falloir vraiment trouver autre chose, et vite.

Du coup je pensais relancer quelques projets d'écriture, le 3N3J, le voyage de Frino à Paris (trouver un titre), etc. Mais à quoi bon si c'est pour sommeiller éternellement sur l'étagère, une fois terminé, imprimé,  corrigé. Travail inutile et plus qu'inutile: nocif - divertissement et "écran de fumée" qui dissimule l'action.

mercredi 4 octobre 2017

Sur le référendum catalan

Événements de Catalogne... Catastrophiques images de ces policiers retirant des urnes, poussant des familles... Propagande contre propagande.
Je ne crois pas un instant que le nationalisme catalan soit sain, il m'a toujours paru violent - au moins verbalement. Mais qu'en sais-je ?
Et bien sûr le référendum ne respecte pas l'ordre constitutionnel espagnol, mais peut-il être effectué autrement qu'anticonstitutionnellement ? J'espère qu'un peu de sagesse renaîtra, que des pourparlers pour un vrai référendum seront entamés, avec peut-être une révision de la constitution ? Pour qu'on soit enfin fixé sur le désir d'indépendance des catalans, comme au Québec ou en Écosse... Mais la sagesse est passée de mode ces jours ci, dans des sociétés gâtées par leur prospérité et qui préfèrent se créer des faux problèmes.